ANDRE NEDELEC

12 1

 

 

 

 

 

C'était au début des années 1950, le jeune ruthénois André Nédelec s'en est allé pousser la porte de la salle de boxe de Rodez. Située au bas de la rue Saint-Cyrice, elle est animée par l'entraîneur Laporte. Le premier contact est le bon. André deviendra boxeur. Il n'a pas peur des coups, il est courageux, un brin téméraire. Et, comme encore aujourd'hui le gars qui monte sur un ring s'habille de l'étoffe des héros, une raison de plus de s'engager pour impressionner les copains. L'entraîneur lui met d'entrée les points sur les i. «Ici on ne se bat mais on apprend à boxer. Ce sport est technique, si tu ne le comprends pas tu perdras». André intègre cette donnée majeure. «Il faut apprendre à se défendre, à esquiver les coups sans trop y laisser de forces car ensuite il faut attaquer, viser juste». La boxe est sport d'intelligence, de son sens. André est à bonne école. «M Laporte ne rigolait pas. Il était interdit de fumer. Le gars qui se faisait coincer par l'entraîneur, il passait un sale moment». André s'entraîne, démontre des qualités pour un premier combat. «Il y avait des bons au club de Rodez à cette époque comme Rey qui a gagné de nombreux combats. Moi, j'ai débuté à Saint-Affrique. Avant le match, j'ai ressenti l'angoisse que ressentent tous les boxeurs à cet instant. On ne sait pas comment on va descendre du ring ? On sait que l'on part au combat et pas plus. Il reste comme certitudes sa technique, ses derniers entraînements et le capital courage que la nature nous a donné. On va prendre des coups, on va en donner et il faudra serrer les dents». André gagne son premier combat. Il en fera 9 au total avec la joie d'en remporter un par KO. «En Aveyron, à Baraqueville, il y avait un puncher, il s'appelait Blanc, une force de la nature. Il ne fallait pas qu'il coince son adversaire dans un coin car sa force était terrible et il mettait le gars KO. Dommage qu'il n'ait pas voulu travailler sa technique car ce boxeur aurait fait une grande carrière». Celle d'André s'arrêtera rapidement par un engagement dans l'armée française et le combat dans la guerre d'Indochine.

«Toujours passionné»

«Je suis toujours passionné par la boxe. Je la regarde à la télévision. Je sais ce que les gars ressentent sur un ring. Quand on y est passé, on comprend mieux tout le travail qu'il y a derrière pour ne pas se mettre en danger face à un gars bien préparé. Pour autant, je reste convaincu que la boxe est un sport dangereux. Je ne regrette pas de l'avoir pratiqué mais je l'aurais interdit à mon fils. J'ai lu un livre qui racontait tous les risques physiques pris par les boxeurs avec ces chocs à la tête et leurs conséquences fâcheuses quelques années plus tard. Je crois que cela explique en partie le fait que beaucoup de parents soient inquiets de voir leurs enfants désirer pratiquer cette discipline». À son retour d'Indochine, André ne remontera pas sur le ring. «J'ai rencontré ma femme. Elle aurait trop eu peur de me voir sur un ring prendre des coups. On oublie souvent que les boxeurs ont une famille et que celle-ci frémit pour eux. Les gens ne voient que le sport et attendent un KO. Derrière, il y a des parents, des femmes, des enfants qui n'ont pas le même regard que tous ces gens qui hurlent autour du ring. Je suis heureux d'avoir pratiqué ce sport car il m'a ouvert les yeux sur la face cachée de cette discipline». André coule des jours paisibles à Onet avec dans son cœur le souvenir ému de ses années de boxeur.

 

Stéphane Hurel Pour Boxing Générations

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !