ERIC NICOLETTA

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BIO D'ERIC NICOLETTA

Eric Nicoletta, fils de Louis, coffreur dur à la tâche et dont la force d'Hercule faisait sensation, s'est vite frotté à cette vigueur âpre de la ville, à ses codes qui évoquent Marseille, en réduction. Il était renfermé, d'une timidité maladive, sillonnait longuement la cité dont il connaît les recoins, les rites et, face à ce père trop brusque, ne parvenait pas à s'exprimer, à relever la tête. «La boxe, j'y ai pensé très tôt, c'était comme un rêve, je sentais que, là, je pourrais enfin mûrir, dire quelque chose.» Il ne savait rien du passé pugilistique de Sète et cherchait seul à briser quelques verrous. Un jour, pour voir, il a débarqué à la salle, adolescent, et s'est entraîné, sans rien demander. Il a continué à bosser comme manoeuvre, s'est retrouvé boxeur scolaire à 14 ans, puis amateur parmi d'autres. «Personne n'a décelé mon potentiel, ma rage, et j'ai été un amateur médiocre, mais moi je continuais à y croire, j'avais tant de hargne; et puis je savais que c'était ma seule issue.»

A 22 ans, après avoir rencontré une touriste belge, il la suit chez elle, vers Mons, sur un coup de tête, et se retrouve dans la salle de Vincent Falzone, à Louvière, où il côtoie des sous-boxeurs qui essaient d'oublier là leur exil italien. Il est barman, manoeuvre, forain. Boxeur. Il se défonce lors de combats miteux contre des Turcs, des Zaïrois, des Algériens. Il y croit, s'accroche, court chaque matin et devient champion de Belgique des poids moyens. A Sète, on ne sait rien de tout ça. Pour ses copains d'enfance, Eric a mis les voiles, voilà tout; et ses lubies de boxe ont à coup sûr pris l'eau. Yvon Manna, patron du bar du Chaland, qui a côtoyé Eric à l'école, puis sur les quais, a longtemps douté: «Depuis toujours, il nous bassinait avec sa boxe, c'était quasiment une obsession, mais, nous, on ne le prenait pas trop au sérieux. Question bagarre, il avait du talent, sinon c'était un gars très noble, très droit. C'est un Sétois pur sang, rude avec un coeur énorme.»

Sétois. Fils de Calabrais qui, chaque dimanche, revient déguster la macaronade maternelle, traîne sur le quai de la Marine à l'arrivée des chalutiers, s'enflamme fin juillet lors des tournois de joute, bavarde avec ses anciens copains dockers reconvertis l'an dernier, avec lesquels il partage la nostalgie du port. Il aime les accents de cette ville, son air canaille, un peu dépenaillé où, par strates, des espingouins, des ritals, des pieds noirs, des beurs lui ont façonné une vraie trogne.

Quand il est rentré au bercail, il s'est embauché sur les quais, comme docker à la journée, ravi de se défouler dans les odeurs de mazout, de pinard ou de phosphate. Ses copains le trouvaient renfermé, soucieux, et tous croyaient qu'il avait laissé les gants une fois pour toutes. Lui, sans rien dire, a repris le chemin de la salle, s'est installé dans la garrigue, loin de tout et, quand Aldo Azarro, vieux routier des rings installé à Agde, s'est intéressé à lui, il s'est défoncé. «Je partais à Agde en 4L après le boulot, je savais que j'y arriverais. A ce moment-là, j'étais pas si loin de la folie, je n'avais plus de contact avec l'extérieur, il n'y avait que la boxe pour me sauver et, moi, j'étais un champion, pas un boxeur, un vrai champion, prêt à mourir ou à tuer. Tu vois, ça, je le savais. Tu dois faire corps avec la souffrance, tu dois te faire souffrir, même dans la relaxation ou dans les marais, quand tu cours et que tu es seul, toujours seul.»

Philippe Jardel, son ami, son frère, qui l'accompagne pas à pas depuis toujours, dans les bons et les mauvais jours, éperdu d'admiration pour ce boxeur des tréfonds, en est presque troublé. Eric ne l'a guère habitué à tant de mots. «Je suis fier d'être son ami, souffle-t-il, parce que jamais il n'a eu l'orgueil, jamais il n'a changé, qu'on le triomphe ou qu'on le déchire.»

Ce soir à la salle, Frédéric Pérez, jeune espoir des pros au niveau national, s'entraîne dans un coin. Il y a deux ans, il était encore matelot sur le Thomas-Antoine, l'un des chalutiers de la famille Di Maïo, et prendra peut-être la relève de Kaddour et de Nicoletta. Hier, au bar Le Nautic, sur le quai Aspirant-Herbert, sous une de ses photos très Studio Harcourt, Biju, son ami d'enfance, a eu un sourire un peu triste. Il rêvait lui aussi de réussir avec les gants, «parce que la boxe, c'est à part, c'est un monde qui fait rêver, c'est bien plus qu'un sport ordinaire». Mais bon, une sale bagarre à la sortie d'une boîte l'a mis hors circuit et il a repris la mer. Alors, il mise tout sur son ami, à fond. «Il va être un très grand, j'en suis sûr.»

Cette nuit, Eric Nicoletta a mal dormi. Un coup de fil de Gaétan Micaleff, son entraîneur audonien, l'a réveillé en pleine nuit. Peut-être un championnat du monde fin décembre à Mexico contre le Jamaïcain Mike McCallum, le grand McCallum! Il n'y croit pas, n'y croit plus. La blessure de ce titre mondial qu'il devait disputer il y a deux ans contre Jeff Harding, annulé au dernier moment, est toujours là. Il ne veut plus rêver. Il a fait ses débuts professionnels à 26 ans, a conquis le titre européen en 1989 (à 29 ans et pour son sixième combat pro!) et a défendu deux fois son titre avec succès. C'est en soi incroyable, énorme. Il avait raison. Le combat n'aura pas lieu et il a préféré se concentrer sur la demi-finale du championnat de France contre Jean-Marie Emébé, qui aura lieu ce samedi.

Il n'a pas boxé à Sète depuis sa victoire aux points sous chapiteau contre Ed Mack en 1992 et il aimerait bien, sans le dire, que sa ville lui rende enfin l'hommage qu'il mérite. Il est prêt à devenir champion de France, à 34 ans, mais ce n'est plus une fin en soi. Il ne veut pas du combat de trop. Il ne veut pas d'un lot de consolation. Il veut une sortie de champion, pas de simple boxeur. «Je ne mendierai pas des combats pour bouffer, le boulot ne m'a jamais fait peur.» Et il pense à sa reconversion, peut-être dans l'ostréiculture. «Tirer des cordes de 10 kilos d'huîtres, en pleine nature, et crier si j'en ai envie, ça peut me plaire.»

Il sort de l'Athénée, chaloupe en douceur au coin de la rue et rejoint la salle Clavel, sac sur l'épaule. Tête haute.

«Tu dois te faire souffrir, même dans la relaxation ou dans les marais, quand tu cours et que tu es seul, toujours seul.» Eric Nicoletta.

REPERES Eric Nicoletta Né le 26 août 1960 à Sète.

36 combats, 30 victoires dont 20 avant la limite.

6 défaites.

Débuts professionnels le 8 novembre 1986.

Champion de France des mi-lourds en juin 1989 face à Serge Bolivard.

Champion d'Europe des mi-lourds le 13 octobre 1989 à Sète, face au Hollandais Jean Lefeber, battu par arrêt de l'arbitre au dixième round. Conserve son titre à Perpignan le 26 janvier 1990 face au Hollandais Pedro van Raamsdonk (battu aux points) et à Montpellier, le 19 mai 1990, face au Belge José Seys par KO au 3e round. Perd le titre européen des mi-lourds le 11 août 1990 à Cap d'Agde, par KO au 9e round face au Britannique Tom Collins.

Echoue pour le titre de champion de France le 19 juin 1991 à Lyon, battu aux points par Fabrice Tiozzo. Remporte une officieuse demi-finale mondiale le 29 janvier 1993 à Nîmes, en battant aux points l'Américain Andrew Maynard. Echoue pour le titre européen le 13 novembre 1993 à Castelnau- le-Lez, battu aux points par le Hollandais Eddy Smulders.

Il a rencontré au Havre  Jean-marie Emébé en demi-finale du championnat de france des mi-lourds.

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