JO GONZALEZ

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Le 23 octobre 1964, la France entière a les yeux rivés sur un p’tit Français qui monte sur le ring de Tokyo en quête de breloque d’or. Ça fait presque 30 ans que le pays attend une médaille olympique en boxe. Quinze qu’elle pleure Marcel Cerdan et attend son successeur.

Jo Gonzales n’est pas un grand technicien, mais il cogne fort, très fort. Un an avant, il rencontre le capitaine de la sélection anglaise. "Une marmite au menton et je le mets KO, raide sur le sol. Les pompiers l’emmènent à l’hôpital. Les policiers sont montés sur le ring pour vérifier que je n’avais pas de plâtre dans mes bandages." Jo la Foudre, le surnom est tout trouvé. Il lui va comme un gant.

Le “punch” comme on dit dans le jargon, cette force dans son bras gauche, c’est inné chez Jo. S’il ne l’a jamais travaillé, il l’use sans modération dès ses premières années. Petit, Jo Gonzales, fils d’un ouvrier agricole espagnol, n’est pas du genre premier de classe. D’Ouveillan à Coursan, il écume les fêtes de village et collectionne les bagarres. Remarqué dans la rue, Jo Gonzales franchit pour la première fois les portes du Boxing Club Narbonnais à 17 ans. Le début d’une grande carrière.

Assis sous le patio de son restaurant, Jo Gonzales se remémore son passé d’une voix rauque. Entre deux exploits, il porte à ses lèvres un cigare, qui laisse deviner un sourire clairsemé mais rieur. "Alors c’est aujourd’hui qu’on les fait griller tes petits chiens ?" À l’heure du déjeuner, les clients arrivent et rares sont ceux qui s’en tirent sans une bonne vanne ou un petit crochet “amical” aux cotes. Il est comme ça Jo Gonzales : chambreur, simple et honnête.

Honnête... ce jour de 1964, face à un boxeur plus fort que lui, sa défaite le sera tout autant. Qu’importe. Médaillé d’argent, Jo Gonzales entre dans la cour des grands, dans le cœur des Français. "Quand je suis descendu du ring, Dalida fut la première à m’embrasser. À mon retour des Jeux, je ne pouvais pas prendre ma voiture, les rues étaient noires de monde, les gens se mettaient en travers de la route pour me voir."

L’enfant de Narbonne est reçu par le général De Gaulle et découvre les honneurs de la capitale. Jo passe alors chez les professionnels. Il y remporte 7 titres de champion de France, 39 victoires, toutes par KO (!), pour 11 défaites. Mais loin de l’équipe de France, la solitude du monde pro lui pèsera jusqu’à la fin, un soir de 1971, après une ultime défaite, lassé de 13 années de combat.

"Mon seul regret est de ne pas avoir été assez courageux. Parfois, j’ai mis un genou à terre et c’était fini. Mais je suis fier quand je vois que les gens de mon époque : les Jazy, Bouttier, Maso ne m’ont pas oublié et viennent me saluer ici, chez moi." Car Jo Gonzales est un Narbonnais pur-sang. Si vous êtes un habitué des Halles, vous le croiserez sûrement en train de faire l’andouille. Ou dans les tribunes du Parc des sports.

"La boxe m’a tout donné, j’aurais pu finir petit voyou." Aujourd’hui, Jo Gonzales est un homme apaisé. "J’ai quatre petits-enfants qui ne croient pas toujours ce que raconte leur papy." Ce soir, il fêtera ses 70 ans avec les siens, sans fioritures. Seule lui manquera cette médaille qu’on lui a volée il y a 40 ans. La blessure s’est refermée, ne reste que le souvenir. Et ça, personne ne pourra lui enlever.

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