ALI MEBARKI

Ali Mebarki :

je suis né le 28 décembre 1944 à Pierre Fonds dans le département de Loise. Je suis né de père algérien, Hammou Mebarki et de mère franco-belge. Une femme que l’on surnommait Fatiha à Tizi-Ouzou. J’ai 4 frères et 5 sœurs. Je suis entré au pays avec mon père et ma mère à l’âge 5 ans. Ancien boxeur international, huit fois champion d’Algérie, j’ai décroché plusieurs autres titres en Amateur et professionnel. J’ai fait 184 combats au total, j’en ai gagné 98 par KO, j’ai fait 81 nuls et j’ai concédé cinq défaites. Aujourd’hui, je suis en retraite et je vis à Pierre Fonds dans la région de Loise avec mes enfants et mes petits enfants.

Pouvez-vous nous raconter vos débuts dans la discipline du noble art:

J’ai débuté la boxe vers les années 1963, sous les couleurs de la JSK. On était un groupe de jeunes dans lequel figurait le regretté, Iftene Djaffer dont je salue la mémoire, Lounes Meftah Guendouli Abdenour, Abrika et Telbi Hocine de Boukhalfa pour ne citer que ceux-là. On s’entraînait dans une petite salle située au niveau du quartier les palmiers (Ancienne gare). Il y avait une bonne ambiance. On avait comme entraîneur Khelifa Mederes et comme président, feu Saïd Amirouche, un grand homme qui était toujours à l’écoute et qui a fait beaucoup pour que la boxe à Tizi-Ouzou sorte du lot.

Avez-vous encore en tête votre premier combat:

C’est sûr, mais sincèrement, je n’ai plus en tête le nom de mon adversaire. Le seul rival de l’époque dont je me souviens c’était Benour. Mon premier combat c’était vers les années 64-65. Je me souviens que Je l’avais gagné par KO au premier round face à un bon pugiliste. Après ce début, j’ai enchaîné plusieurs victoires avec à la clé, pas moins de huit titres de Champion d’Algérie.

Vous avez ensuite intégré l’équipe nationale …

Tout à fait. J’ai intégré très tôt l’équipe nationale et j’ai défendu les couleurs nationales de 1965 jusqu’à 1970. J’ai pris part à plusieurs compétitions, notamment les jeux méditerranéens de Tunis et en 1968 les jeux olympiques de Mexico. Deux compétitions où j’ai réalisé un très bon parcours, notamment en Tunisie où je me suis illustré devant des champions plus aguerris. D’ailleurs, mes prestations m’ont valu des félicitations du défunt président, Houari Boumediene. Puis je commençais à être lassé. La boxe pour dire vrai ne me donnait rien. Je recevais des miettes, alors que je suis l’aîné d’une famille de 15 personnes. C’est là où mon père m’a demandé de rentrer en France.

Une fois en France avez-vous continué à pratiquer la boxe ?

Bien sûr que oui. Je suis d’ailleurs parti pour ça, surtout que j’avais à peine 27 ans. J’étais amateur avant de devenir professionnel sous le nom de Libbrecht Raymond. C’était le nom du premier mari de ma mère sur lequel, j’étais inscrit en France à ma naissance, avant que je ne rentre en Algérie à l’age de 5 ans où mon père Hammou Mebarki m’a inscrit sous le nom de Mebarki Ali. Mais malheureusement, l’administration algérienne n’a pas saisi son homologue française puisque en arrivant en France, je n’ai trouvé que le nom sur lequel, j’étais porté à ma naissance. A cette époque, ma mère n’avait pas divorcé, donc, mon père ne pouvait pas m’inscrire sous son nom.

Racontez-nous un peu la suite de votre carrière en France ?

J’étais d’abord amateur avant de passer professionnel et je travaillais en parallèle comme soudeur chez Poclain avant d’exercer comme agent technique au niveau de la mairie de Compiègne. Le maire Marini Philipe m’a aidé et soutenu et je n’oublierai pas tout le bien qu’il m’a apporté. Pour revenir à la boxe, j’ai fait plusieurs combats et j’ai gagné plusieurs titres que ce soit en amateur ou en professionnel. A titre d’exemple, j’ai fait match nul avec le Champion du monde, français Randy Turpin dans un gala qui s’est déroulé à guichets fermés. J’ai remporté plusieurs tournois face à des champions belges, Yougoslaves, Tchèques et autres. J’ai aussi remporté la coupe de l’équipe en 1972. J’ai gagné suffisamment d’argent et cela m’a permis de m’épanouir que ce soit sur le plan sportif ou social. Je dois aussi signaler que lorsque j’étais amateur, mon manager, Tassar, ne prenait aucun sou. Une fois passé professionnel, il se contentait des 30% ce qui n’était pas le cas lorsque j’étais en Algérie où je ne recevais que des miettes.

A quel âge avez-vous mis un terme à votre carrière ?

J’ai arrêté la boxe très jeune. J’avais juste 32 ans et je pouvais continuer mais j’ai préféré me retirer pour garder ma forme car à cet âge, le risque de se voir défigurer était énorme. Mais j’avoue que je n’ai pas quitté le monde de la boxe, puisque j’ai passé un stage d’entraîneur à Reims et obtenu un diplôme. J’ai entraîné durant plusieurs années en Picardie ou j’ai formé plusieurs jeunes. Entre temps, je me suis marié et j’ai ramené ma femme en Algérie pour la présenter à ma famille. Un mois après cette visite, je suis retourné au pays à nouveau pour être au chevet de mon père malade. C’était la dernière fois où je suis retourné en Algérie. J’ai passé 40 ans sans revoir le pays jusqu’à aujourd’hui. Cette longue absence est due à mes nombreuses occupations en France. J’avais ma femme, mes deux enfants et d’autres obligations, notamment professionnelles, et cela me prenait tout mon temps.

Après 40 ans d’absence, comment avez-vous trouvé la ville de Tizi-Ouzou où vous aviez vécu une partie de votre jeunesse ?

Sincèrement, j’étais écœuré de découvrir une ville sale et de nouvelles mentalités qui ne cadrent pas avec celles que j’avais laissées. Après 40 ans, je m’attendais à découvrir une ville moderne mais malheureusement, cela n’est pas le cas. Mais malgré cette déception, j’avoue que je suis très heureux de revoir mes amis d’enfance que j’ai quelque peu perdus de vue et que je reconnais très difficilement en raison de l’âge. Les seuls avec lesquels j’ai gardé le contact sont Rabah Derdar et Meftah Lounès. Ils sont établis en France, donc, j’ai la chance de les voir assez souvent, notamment Derdar qui est un voisin et que je rencontre régulièrement. J’ai eu également l’agréable surprise et le plaisir de croiser tout récemment, lors d’une visite familiale à Boufarik, l’ancien international des poids lourds Kaddour. Un boxeur qui été avec moi en équipe nationale.

Qu’est ce que la boxe vous a rapporté

Pour dire vrai, en Algérie ce que la boxe m’a rapporté c’est l’honneur et la fierté d’avoir représenté la JSK, Tizi-Ouzou qui est ma patrie et bien évidemment d’avoir défendu les couleurs nationales. Le reste je préfère ne pas m’étaler là dessus car je n’ai pas encore digéré ma déception. Par contre en France où j’ai eu la chance de découvrir ma moitié qui est ma femme, j’avoue que j’ai gagné ma vie comme il se doit. Avec les ressources de la boxe et celle de mon travail j’ai pu acheter une maison pour mes enfants.

Justement, combien d’enfants avez-vous ?

J’en ai deux. Un garçon, Cédric de 34 ans et une fille, Cécile 33 ans. J’ai aussi 6 petits-enfants, trois de mon fils et trois autres de ma fille. Mes enfants sont nés en france et portent le nom de Libbrecht ; Je leur parle assez souvent en kabyle et je leur parle également de la Kabylie et de l’Algérie. Je le fais pour leur permettre de garder des repères de leurs origines, car je sais qu’un jour ou l’autre, ils finiront par venir découvrir le pays.

On vous laisse conclure …

En premier, je souhaite la résurrection de la boxe en Algérie avec une génération de pugilistes capables de reprendre le flambeau et de représenter dignement le pays et les couleurs nationales, des pugilistes qui viendront s’ajouter à ceux déjà en place qui font tout pour que vive la boxe en Algérie. Je m’incline aussi devant les mémoires de tous mes anciens amis qui ont été rappelés à Dieu, comme je rends un vibrant hommage à ceux qui sont encore de ce monde et auxquels je souhaite longue vie.

 

 

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