MOHAMED ZAOUI

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Son rêve de gosse, Mohamed Zaoui, le boxeur, Evinois, l’a touché du bout des doigts. Un rêve qui brillait comme le bronze de la médaille olympique accrochée à son cou en 1984. La toute première de l’histoire algérienne. Un rêve qui depuis, s’est transformé en cauchemar.

Belle gueule et belle allure, Mohamed Zaoui a gardé une élégance dans la démarche qui en impose. Coeur fier et sincère, c’est avec une grande émotion qu’il tire, du fond d’une armoire, un épais dossier. « Je ne le regarde jamais, murmure-t-il. Pour moi, c’est loin tout ça. Je le redécouvre avec vous. » A l’intérieur ? Des dizaines d’articles de presse et des photos. Vestiges de la grande époque où Mohamed s’enivrait de son rêve olympique. Avant la gueule de bois. Et le désenchantement.

 

Né en Algérie, Mohamed a cinq mois lorsqu’il arrive à Évin-Malmaison. Autant dire que son pays, c’estla France. Etil en est fier. Papa mineur. Vie dans les corons, humble et heureuse. Les années passent. Mohamed devient un jeune garçon complexé. Des jambes arquées, une santé fragile. Comme tous les gosses, il joue au foot. Et file le soir après l’école voir ses copains s’entraîner sur un ring à Carvin. Juste pour regarder. Sans imaginer un instant enfiler une paire de gants. Jusqu’au jour où, pour voir, il essaie. C’est le déclic.

Très vite il intègre l’équipe de France junior. Accumule les victoires et collectionne les médailles. Il est celui que personne ne bat. Il se prend à rêver aux JO de Los Angeles, sous ses couleurs, celles de la France.«  Mais j’étais en instance de naturalisation. Et ils ne m’ont pas pris.  » Toutes ces années de travail pour rien ? « Ça n’était pas possible. Je voulais participer. » Et le comité olympique algérien lui fait les yeux doux. «  Alors j’y suis allé, j’ai payé le billet d’avion. C’était le 7 janvier 1984… » Six mois avant la cérémonie d’ouverture. «  Ils m’ont mis dans l’équipe nationale militaire. On avait 3 séances par jour, avec un entraîneur soviétique et un cubain. C’était très difficile. Mais il y avait les jeux au bout. » Les déplacements s’enchaînent. Mohamed fait le tour du monde. Les Algériens le testent, ils ne sont pas déçus. À un mois des jeux, alors qu’il a 24 ans, on lui annonce qu’il boxera dans les poids moyens aux JO. Six kilos à perdre ont fait de lui un pro de la diététique. « Je me voyais gagner. Si je suis parti là-bas, c’était pour marquer ma vie.  » Les dieux du sport en décideront autrement. En août 1984, Mohamed est aux portes du Paradis, en demi-finales. Il affronte l’américain Vergil Hill, devant des stars comme Stallone ou Cassius Clay. Et s’incline. La médaille sera en bronze.

Et la suite en plomb. «  Le comité algérien m’avait promis monts et merveille. Du boulot parce que j’avais démissionné de mon emploi en France, une bourse de 300 000 dinars en récompense… » 24 ans après, il n’a encore touché que 2 000 dinars (21 E), et enchaîne les jobs en intérim depuis 1988. Même sa médaille a été égarée dans les couloirs des administrations algériennes. Lui qui était porte-drapeau à la cérémonie de clôture, lui qui a fait entrer l’Algérie dans la ronde des médaillés olympiques, est rentré à Evin en 1988, sans rien. « Mais je suis riche, sourit Mohamed en montrant ses enfants. Mes plus belles médailles, elles sont ici. »

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