RENE BARRIERE

 

René Barrière, une vie de combats et de victoires

CLUB PUGILISTIQUE ROCHELAIS. Disparu récemment, René Barrière restera comme le meilleur boxeur rochelais du XXe siècle. Il fut le premier d'une lignée de champions.

En 1956, tout juste passé professionnel, René Barrière bat André Valignat devant son public, à la salle de l'Encan.

Il faut croire que le sport, à La Rochelle, est une affaire de famille. Le Stade Rochelais en est le meilleur exemple, avec sa collection de dynasties (Elissalde, Le Bourhis, Lescalmel, Merling, etc.). Le Club Pugilistique Rochelais (CPR) n'est pas en reste.

La famille Barrière a donné plusieurs générations de combattants, tel René, qui s'est éteint récemment à l'âge de 76 ans, considéré comme le meilleur boxeur rochelais de l'histoire.

« Mon père, Henri, a créé le club. Ma mère l'a aidé, c'est elle qui fabriquait les peignoirs des boxeurs. Nous étions cinq frères, trois d'entre nous ont mis les gants : Robert, mon frère aîné, René et moi. Tony, mon petit-fils, a pris la relève », explique Norbert Barrière, deux fois champions de France militaire, vice-champion de France en professionnel en 1973 et international à plusieurs reprises.

Champion régional en 1949, René Barrière s'est vite fait un nom et une réputation dans le milieu du Noble art. L'un de ses premiers faits d'armes remarquables fut de battre une vedette de l'époque, Chérif Hamia, en demi-finale de championnat de France amateur à Saint-Nazaire, en 1953, l'année où il décrocha la ceinture tricolore (1). Il connut alors sa première sélection en équipe nationale, au cours d'une rencontre France-Finlande.

Champion de France militaire l'année suivante, le Rochelais, poids plume, passa chez les professionnels en 1956. Perfectionniste, il s'exila à Paris pour travailler son style et sa condition physique.

Félicité par Jean Gabin

« Avec un gars comme ça, l'entraîneur n'avait pas de problème. Il avait la boxe dans la peau. Il analysait les autres boxeurs, essayait de reproduire à l'entraînement des choses qu'il avait vues lors d'un combat. Quand j'ai commencé la boxe, il s'est arrangé avec ma mère pour m'emmener moi aussi à Paris pour me former. J'avais plutôt un tempérament bagarreur... Ça m'a fait du bien. Je n'aurais sans doute pas fait cette carrière si j'étais resté à La Rochelle », estime Norbert Barrière.

Engagé dans le team Coletta, René se produisit à ses débuts dans les meetings parisiens. Il retrouva sa ville natale lors d'un gala de boxe en 1956, dans une salle municipale de l'Encan pleine à craquer. Sa victoire contre André Valignat, ancien champion de France, ravit son public ainsi que Jean Gabin et Paul Frankeur, tous deux assis au premier rang, qui tournaient alors « Le Sang à la tête » à La Rochelle. Le boxeur eut d'ailleurs le privilège d'être félicité par Gabin en personne dans les vestiaires.

« C'est le seul boxeur rochelais qui arrivait à remplir une salle. C'était un super styliste, il avait un sens inné de la boxe », raconte son frère.

« Il se déplaçait beaucoup et ne prenait pas de coup, même contre un puncheur. D'ailleurs, il n'a jamais été mis KO. durant toute sa carrière », se souvient Francisco Chicharro, dit « Paco », champion de France amateur en 1966, issu comme les frères Barrière du CPR.

En 1959, René Barrière est convié à combattre au Central du Boxing Club d'Abidjan, en Côte d'Ivoire. Il obtient le match nul face au champion local Jules Touan et sort du ring sous les acclamations des spectateurs.

La carrière du Rochelais atteint son apogée en 1960. Il affronte le Parisien Louis Poncy, double champion de France des « plume », à Laleu, devant 2 400 personnes, dans une salle des sports gracieusement mise à disposition par les autorités militaires américaines. Au terme d'un combat épique, Poncy va au tapis à la treizième reprise.

« Ce combat était son meilleur souvenir, avec la victoire contre Chérif Hamia, qui était le préféré de la presse à l'époque », confie Norbert Barrière, pour qui son frère n'a pas eu la carrière qu'il méritait.

« Trop brave »

« C'était un super champion, le seul en France qui ait réussi à battre Hamia, lequel a manqué le titre mondial de justesse. Pourtant, il n'a jamais pu disputer un titre européen. Il n'était jamais désigné challenger, il faisait peur aux détenteurs du titre. Et puis il était trop brave avec ses managers, qui ne l'ont pas vraiment appuyé. Il y en avait des scandales à l'époque ! », remarque-t-il.

(1) Lire « Les coups d'éclats du sport rochelais », de Jean-Michel Blaizeau (collection la Mémoire sportive).

 

4 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

×