VICTOR YOUNG PEREZ

 

Young Perez, de son vrai nom Victor Younki, né le 15 janvier 1911 à Tunis et décédé le 22 janvier 1945 à Gliwice, est un boxeur tunisien parfois présenté comme français. Champion du monde poids mouche entre 1931 et 1932, il détient le titre de plus jeune champion du monde français dans sa catégorie.

Passion pour la boxe

Né dans la Hara, le quartier juif de Tunis, Younki quitte l'école à l'âge de treize ans[2]. Impressionné par Battling Siki, il intègre à quatorze ans, avec son frère aîné Kid, le club omnisports du Maccabi de Tunis, formateur de nombreux champions. Il gagne vite ses galons de boxeur d'exception et perçoit ses premiers cachets. À l'âge de seize ans, il part pour Paris et y travaille comme vendeur de chaussures tout en s'entraînant à l'Alhambra ; il y rencontre un manager en vue, Léon Bellières, qui le remarque et devient son entraîneur[2]. À l'âge de 17 ans, il signe son premier contrat et livre son premier match professionnel, le 4 février 1928, contre un jeune Italien qu'il bat aux points. Deux ans plus tard, il perd son premier championnat de France de sa catégorie au terme d'une rencontre disputée contre le Marseillais Kid Oliva ; il prend toutefois l'année suivante sa revanche en battant Valentin Angelman aux points.

Carrière

Champion du monde adulé

Le 24 octobre 1931, à l'âge de vingt ans, il rencontre le tenant du titre de champion du monde poids mouches, l'Américain Frankie Genaro. Devant 16 000 spectateurs rassemblés au Palais des Sports de Paris, il est sacré champion du monde par KO, au terme du deuxième round, après cinq minutes de comba.

Revenu à Tunis à bord du Chanzy, une banderole proclame : « Gloire à notre champion du monde Young Perez ». 10 000 personnes l'attendent au port et plus de 100 000 l'acclament tout le long de l'avenue Jules-Ferry. Devenu la coqueluche du Tout-Paris, il rencontre et entame une liaison très remarquée avec une jeune mannequin vedette, Mireille Balin, qui deviendra par la suite une actrice célèbre pour son rôle titre dans Pépé le Moko. Reçu par le bey de Tunis, Perez est décoré du Nichan Iftikhar, la plus haute décoration de Tunisie alors sous protectorat français. Célébré et toujours entouré de jolies filles, il dépense sans compter : il sort ses parents de la Hara et les installe dans la ville européenne, il s'offre un cabriolet, couvre ses amis de cadeaux, aide les nécessiteux et fait aménager des douches dans son ancienne école de l'Alliance israélite universelle.

Aléas d'un itinéraire

Pourtant, le retour à la compétition s'avère difficile en raison de son manque d'entraînement et de sa prise de poids. Il dispute, comme beaucoup de champions de l'époque, quelques combats sans enjeu mais très lucratifs pour lui et son entourage. Le 12 septembre 1932, lors de l'un de ces combats, il est défait par le Britannique Mickey McGuire à Tyneside (Angleterre). Le 31 octobre, à Manchester, il cède son titre de champion du monde à un autre Britannique, Jackie Brown. Suite à cette défaite, et malgré une demande de mariage faite à Mireille Balin, celle-ci décide de le quitter en arguant de son désir de liberté et de leurs différences d'origine.

Passé dans la catégorie poids coq, il est relancé par plusieurs victoires, notamment contre Emile Pladner lors d'une rencontre à Tunis. Dans un climat politique dégradé, il affronte au Palais des Sports de Paris, en avril 1934, le Panaméen Panama Al Brown qui le défait. Perez poursuit sa carrière jusqu'en août 1943, se lançant parallèlement dans les affaires mais sans guère de réussite, et combat même en novembre 1938 à Berlin où il séjourne durant la Nuit de Cristal.

Dernier combat à Auschwitz

Juif caché en France après l'avènement du régime de Vichy, il est arrêté par la milice française et interné à Drancy puis déporté à Auschwitz en novembre 1943. Au camp de Monowitz, où il travaille dans la cuisine de l'usine de la Buna — une fabrique de caoutchouc synthétique pour IG-Farben —, il côtoie Primo Levi et Alfred Nakache, un champion français de natation. Le commandant du camp organise même, devant les déportés réunis sur la grande place de la Buna, un combat long de douze rounds entre Perez et un boxeur poids lourd allemand qui se termine par un match nul.

En janvier 1945, il est l'un des 51 survivants des 1 000 déportés du « convoi 60 » qui l'avait amené à Auschwitz. Il participe à l'une des marches de la mort qui suivent l'évacuation du camp. Le 22 janvier, affaibli au bout de plusieurs jours par les conditions difficiles, il est achevé d'une rafale de mitraillette. Pourtant, une autre version des faits est rapportée par d'autres journaux tels que Tunis socialiste du 17 janvier 1947 :

« Le petit Tunisois fut arrêté deux fois. La première, il fut interné au camp de Drancy, d'où il réussit à s'évader vers fin 1943, c'est alors qu'il fit visite à Bellières pour prendre son avis. Son manager lui conseille de gagner le midi de la France, ce qu'il fit. Mais là, après quelques temps, il fut gagné par le spleen de la grande capitale qu'il adorait et revint à Paris où il fut arrêté et envoyé au camp d'Auschwitz. C'était en 1944. Là-bas en Allemagne, dans ce camp au nom qui fait passer des frissons quand on en parle, Young Perez, qui était un enfant très doux, réussit à trouver une fonction aux usines. Avec l'arrivée de l'armée russe, il part sur le chemin de la liberté. Il neige. Le froid intense ankylose ses membres. Le petit Youngki se couche sur la neige, à bout de force. Son compagnon d'infortune, Bibi Burah, boxeur comme lui se penche pour l'aider encore à poursuivre sa route : « Vas, pars tout seul. C'est fini, je n'en peux plus. Je ne reverrai plus le beau et chaud soleil de Tunisie. Adieu ! » La neige tombe, tombe toujours et bientôt recouvre d'un linceul immaculé le corps de notre brave petit gars qui porta haut et fier les pavillons français et tunisiens sur tous les rings de boxe du monde. »

Palmarès

* Champion du monde poids mouche du 26 octobre 1931 au 31 octobre1932 ;

* 133 combats ;

* 92 victoires dont 28 par KO ;

* 26 défaites ;

* 15 abandons.

Hommages

Le nom de Young Perez est indiqué sur le monument aux morts en déportation cimetière du Borgel à Tunis. Par ailleurs, le stade du club de football de l'Espérance sportive de Tunis a porté quelques années son nom avant d'être reconstruit en 1967 et de devenir l'actuel stade olympique d'El Menzah. 

Le metteur en scène Steve Suissa réalise un film sur la vie de Perez dont le tournage a lieu à Paris et Tunis, et dont la sortie est prévue pour 2009. Le rôle principal y est tenu par l'acteur Nicolas Cazalé.

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