COUP DE PROJECTEUR SUR RENE LIBEER

RENE LIBEER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 2 novembre 1967, René Libeer annonce se retraite sportive. Lassé d'attendre d'avoir sa revanche face à l'Italien Atzori qui lui prit la ceinture de champion d'Europe des poids mouche. « J'aime mieux renoncer plutôt que de terminer ma carrière avec quelques combats sans envergure, explique-t-il aux journalistes qui le contactent. Je vais avoir 33 ans à la fin du mois, je ne suis pas "marqué" physiquement et la boxe m'a valu de belles heures. Que demander de plus ? Il vaut mieux faire un combat de moins qu'un combat de trop. » Huit ans plus tard, Richard Montaignac, journaliste à Nord éclair, le retrouve au zinc du café Le Bailly à Tourcoing. Il s'étonne : « Aucune photo ni aucune coupe ne sont exposées à l'intérieur de son établissement. Un touriste de passage à Tourcoing qui aurait soudain décidé de s'arrêter par hasard au Bailly pour déguster une bière ne saura jamais que ce petit homme debout derrière son comptoir a été il n'y a pas si longtemps encore champion d'Europe de boxe. » À quoi bon étaler ses trophées ? Il était comme ça, René Libeer, il ne cherchait pas à tout prix la lumière et il ne versait pas dans la nostalgie. Si Richard Montaignac n'était pas venu le trouver en août 1975, il n'y aurait peut-être eu aucun récit de son parcours et de sa belle médaille de bronze olympique. Aucune rue, aucune salle de sports de Roubaix ou Tourcoing ne porte son nom...

Surnom : « le véreux »

Il faut dire qu'en 1956, les Jeux olympiques d'été se déroulent à l'autre bout de la planète à Melbourne. Subtilité de l'époque, pour respecter les saisons, ils ont lieu fin novembre début décembre. Les nouvelles d'Australie n'arrivent dans le Nord que par le biais des agences de presse qui consacrent finalement peu de lignes au boxeur roubaisien alors âgé de 22 ans.

Plus jeune fils d'une fratrie de huit enfants, dont six garçons, René Libeer a enfilé les gants tout naturellement, en suivant ses grands frères à la salle d'entraînement. Pas bien grand, il boxe dans la catégorie des « mouches », les moins de 51 kg. Hargneux, accrocheur, solide, il est surnommé le « véreux ».

Charmant... Il dispute son premier combat à 15 ans, part pour son service militaire au bataillon de Joinville à 21 ans, où il croise le footballeur Just Fontaine, le cycliste Jacques Anquetil et Michel Jazy, le spécialiste du demi-fond. Alors que beaucoup d'appelés sont envoyés en Algérie pour « pacifier » la colonie en quête d'indépendance, eux ont en ligne de mire les Jeux de Melbourne. Surentraîné, René Libeer affirme être parti en Australie sans jamais penser à la médaille. « Mais au fur et à mesure que la compétition se déroulait, je m'apercevais que les grands favoris disparaissaient, raconte-t-il en août 1975. À un moment donné, j'ai même pensé pouvoir être champion olympique ! Quand même, je ne m'attendais pas à arriver à un tel niveau. » René Libeer élimine le Sud-Coréen Pyo Hyun-Ki puis le Japonais Kenji Yonekura pour accéder à la demi-finale. Mais il est battu aux points par l'Anglais Terence Sprinks, futur champion olympique, lors d'un combat dont on ne sait pas grand-chose.

Pas de « petite finale » en boxe : les deux battus des demi-finales reçoivent une médaille de bronze. Ce métal lui vaut d'être reçu comme tous les autres Français médaillés à Melbourne par le président de la République, René Coty, dans les salons de l'Élysée.

Après les Jeux, René Libeer termine ses obligations militaires puis passe boxeur professionnel en 1958. Les débuts sont difficiles, mais une belle série de victoires par KO le propulse vers le titre de champion de France. Finalement, en juin 1965, au terme d'un combat épique organisé à Lille, le Roubaisien de naissance et Tourquennois d'adoption finit par décrocher la ceinture européenne. Il la conserve l'année suivante, puis la perd en 1967 face à l'Italien Atzori, à cause des arbitres selon les journalistes français de l'époque.

Il ne parviendra jamais à reconquérir son titre et décidera donc, le 2 novembre 1967, de tirer un trait sur sa carrière, après 39 combats chez les pros, dont 27 victoires, 8 défaites et 4 matchs nuls, pour devenir patron de bistrot.René Libeer est décédé le 13 novembre 2006 à Roubaix.

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