HISTOIRE DE LA SALLE WAGRAM A PARIS

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le temple de la boxe a Paris

Pendant près d’un siècle, la salle Wagram a épousé la destinée d’un sport longtemps roi, aujourd’hui déchu. Pour y trouver trace d’un premier combat de boxe anglaise devant un public,  il faut remonter aux prémices du XXe siecle. Il est organisé par un certain Louis Lerda, de retour d’un voyage aux Etats-Unis, désireux d’importer ce sport en France pour en tirer profit. L’enceinte parisienne restera le thêatre de réunions de boxe jusqu’au début des années 80, notamment sous l’égide de Jean Bretonnel.

Dans les années d’avant guerre (14-18), le sport national demeure la boxe francaise (poing-pied). C’est dans cette discipline que Georges Carpentier effectue ses débuts amateurs à la salle Wagram. Nous sommes en 1908, le futur héros national n’a alors que 13 ans. Il faut encore attendre quelques années pour voir l’irrésistible ascension de la « sweet science » à l’anglaise, l’art du combat aux poings.

La salle Wagram devient alors l’un des lieux privilégiés de son expression. Georges Carpentier, Jean-Claude Bouttier, Marcel Cerdan, les plus grands champions francais y font leur armes. On y croise des anonymes, des acharnés venus de toute la France exercer leurs talents pour quelques dizaines, quelques centaines de francs. Les cachets augmentent avec les années, et les époques.

Salle de spectacle, lieu de prestige avec ses lustres et ses balcons, la salle Wagram fait partie de ces enceintes où se sont écrites quelques unes des plus belles pages de la boxe. Avec à chaque exhibition, une atmosphère, une ambiance propre au siècle dernier, que les anciens savent si bien raconter. Le Ring et la Plume vous propose leurs témoignages. Souvenirs d’une époque dorée.

Dominique Delorme, boxeur professionnel (1980-1990)

La salle Wagram, c’était mes débuts amateur en 1973. Pour moi c’était magique. Tu rentrais, tout le monde fumait, tu ne voyais plus rien. Pour faire les 20 mètres jusqu’au ring, il te fallait un quart d’heure. Les gens criaient, hurlaient, t’attrapaient par le bras pour t’encourager. Dans le public, il y avait des fanatiques, des passionnés qui connaissaient tous les boxeurs. Des ambiances comme ça, il n’en existe plus aujourd’hui.

Marcel Cerdan Jr, boxeur professionnel (1964-1972)

J’avais à peine six ans quand mon père est mort. Les souvenirs que j’avais de lui me ramenaient à la salle Wagram. C’était particulier pour moi de savoir qu’il y avait boxer. Alors quand je suis monte sur ce même ring, ca a été très fort. D’une certaine façon, venir boxer ici, c’était comme marcher sur ses traces.

Je n’ai jamais retrouvé pareille ambiance dans une salle de boxe. A Wagram, les gens étaient presque au bord du ring, on avait l’impression qu’ils étaient avec nous pendant qu’on boxait. On entendait tout ce qui se disait. A l’époque, nous, les pieds noirs du Maroc, on était regroupés dans le quartier de la place des Ternes. Du coup, je passais devant cette salle tous les jours, et quand j’y boxais, beaucoup de gens du quartier venaient me supporter. J’y étais comme en famille, c’était ma maison.

Gilles Elbilia, boxeur professionnel (1977-85), champion de France et champion d’Europe des poids welters

La salle Wagram, c’est un peu ma salle fétiche, je n’y ai jamais perdu. C’était particulier car ce n’était pas vraiment une salle de boxe. Les douches c’était du préfabriqué, il n’y avait pas vraiment de vestiaire, tous les boxeurs attendaient dans une grande salle avec des glaces avant les combats. Pendant près d’une heure on se toisait du regard avec l’adversaire. Tu voyais le mec à dix mètres de toi en train de s’échauffer pour monter sur le ring avec toi. L’intimidation commençait là. Et celui qui gagnait cette bataille avait déjà un avantage.

A une époque, il y avait aussi des glaces autour du ring. Mon père a boxé là-bas ans les années 50, il me racontait que parfois, il lui arrivait de se regarder son reflet pendant qu’il boxait. Moi, j’aurais eu trop peur d’en prendre une ! Wagram faisait partie des salles où il fallait briller pour monter dans la hiérarchie et pouvoir ensuite boxer à Coubertin (une salle plus importante située à Paris, 16e arrondissement). J’y ai fait mes armes, appris mon métier, en amateur et en professionnel. A l’époque, il n’y avait pas la télé, les cachets des boxeurs étaient basés sur le nombre d’entrées. A Wagram, la capacité devait être de 2000 personnes. Il était donc rare qu’un boxeur soit professionnel à 100%.

Au premier rang, il y avait souvent des hommes très riches, avec des femmes en manteaux de fourures. En haut, ce qu’on appelait la galerie, les gens étaient debout, ca criait, ca gueulait, ca chambrait : « hé, en bas, elle sait que t’es là ta femme ? » C’était très populaire comme salle. En haut, la place devait être à dix ou quinze francs.

 

Un esprit populaire qui semble bien loin aujourd’hui. Pour cette soirée de boxe salle Wagram, il faudra débourser minimum 110 euros, ce qui ne manque pas de faire râler certains amateurs de boxe. Dommage également que l’équipe alignée par Brahim Asloum soit bien inférieure, année olympique oblige, à celle qui avait remporté la compétition l’an dernier. Il n’y a plus qu’à espérer que le spectacle sera à la hauteur du lieu.

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